IL NEIGE AU BOIS DE LIESSE

Des flocons de guimauve
s’agrippent aux hanches du nordet
d’autres se perchent et se reposent
sur les branches du sommet

sur les branches du sommet
la bourrasque les convie
à trois temps de menuet
au cœur d’un air de Debussy

au cœur d’un air de Debussy
ces milliers de papillons opalins
se chamaillent dans la poudrerie
virevoltent et puis se posent enfin

virevoltent et puis se posent enfin
dès que le vent fou change de danse
apaisant comme de blancs séraphins
les rameaux doucement se balancent

les rameaux doucement se balancent
nous voilà dans un nouveau monde
blanc sur blanc royaume du silence
où de petites plumes tombent

où de petites plumes tombent
douce et interminable chute
au soleil certaines fondent
les autres au sol culbutent

les autres au sol culbutent
aux chants mélodieux des mésanges,
à cinq pas un enfant jouant sur la butte
sur le dos couché dessine un ange

il neige au bois de liesse
devant ce divin tableau
mamie j’ai laissé ma tristesse
sous la branche d’un bouleau

PER AMORE

Avec l’ivresse de cette nuit
quand tu touches l’euphorie
comme un voleur qui s’enfuit
j’efface toutes traces de tes cris
pour t’aimer encore

avec des caresses chaudes
quand ton corps se réchauffe
comme un voleur qui rôde
j’efface le bleu de l’aube
pour t’aimer encore

avec l’éclat furieux du jour
quand sans relâche je te savoure
comme un voleur au faux discours
j’efface l’ombre de tes recours
pour t’aimer encore

per amore
je te bois jusqu’à la lie

AVEC LE VENT FOU DU NORD

Avec le vent fou du nord
qui secoue les pins bleus
au chemin un jeune homme est mort
sa jambe droite coupée en deux
avec la neige qui dort
au doux soleil frileux

. les parfums ne font pas frissonner sa narine
. il dort dans le soleil la main sur sa poitrine
. tranquille il a deux trous rouges au côté droit

non loin une petite fille marche dans la boue
tenant la main de sa grand-maman
elle porte un foulard jaune et bleu à son cou
toutes deux cheminent d’un pas lent

on ne saurait dire laquelle guide l’autre

au soleil couchant jaune miel
des oiseaux sombres s’en sont allés
la vieille se déplace fixant le ciel
là où mon dieu rien ne s’est effondré


voilà que la petite fille me sourit

tout n’est donc pas perdu

quand viendra le temps des fleurs sauvages
avec le tranquille parfum de notre lâcheté
et celui de votre très grand courage
saurez-vous nous pardonner


. Extrait de
. Le dormeur du val
. Arthur Rimbaud

POUR QUE JE SOIS EN FÊTE DE TOI

Printemps : Les semences de blé sont placées en terre. Le sol sera bientôt couvert d’un duvet de verdure.

je suis usé
au temps des sucres
je n’ai semé que du muguet
autour de la barrière rouillée
les volets sous le vent giguaient
les oies s’enfuyaient apeurées

je ne t’entends plus chanter ma fille

je tisserai la corde de ton cerf-volant blanc
pour que tu t’envoles au fumet du jasmin
je lancerai ton vol aux hasards des grands vents
et cacherai au sous-bois mon petit chagrin

tu prendras des sentiers que je n’ai point suivis
voir des pays lunaires pour créer ta couleur
et si le cœur veut bien pour pâlir le mépris
oseras-tu quelques pas au jardin des pleurs

il faut prendre soin de son cœur

Été : Les pousses fragiles émergent du sol. Tranquillement, elles grandissent.

tu es parti dimanche au petit matin
au loin les cloches chantaient l’angélus
ce n’était pas une belle journée
une légère bruine mouillait tes cheveux blonds
le ciel grisonnait

tu m’as donné deux bises
une pour chaque côté du cœur
et puis un gros câlin

tu m’as dit
la maison doit rester vivante papa

je t’ai dit
je garderai ma porte ouverte
une mésange à tête noire tissera son nid sur le lustre du salon
des papillons azurs bleu poudre sommeilleront aux carreaux des fenêtres
et des fourmis me présenteront leurs étonnantes parades sur le parquet frais ciré

une hirondelle est passée
tu m’as souri sous la pluie

Automne : Les longues tiges se bercent au vent. Arrive la moisson des plants rendus à maturité.

bientôt l’automne se parfumera
un écureuil se cachera sous la causeuse
au portique le chat ronronnera
sur son paillasson de feuilles jaune et rouille

Hiver : La terre se repose sous son drap blanc alors que les grains de blé sèchent dans le silo

il fera froid malgré le soleil d’hiver
j’enroulerai autour de mon cou ton foulard de laine rose

des flocons blanc-bleu
plus gros que des chatons
se glisseront par la porte entrouverte
et disparaîtront presque aussitôt
comme de petits fantômes

Printemps : Les semences de blé sont placées en terre. Le sol sera bientôt couvert d’un duvet de verdure.

je suis si vieux ma fille

douce comme le bon vin qui me noie
viennent les chaudes lueurs du printemps
pour que je sois en fête de toi
tu viendras me surprendre au champ

tu sais
j’approche mon dernier verre
comme si j’avais bientôt cent ans

AUX CHANTS DES OISEAUX GAIS

 

Vois les enfants au bout du quai
sautés de joie dans la rivière
vois les enfants au bout du quai
leurs cris se mêlent sous l’aube claire
aux chants des oiseaux gais

leurs jeux dessinent deux ailes ambrées
à l’amitié qui prend son vol
leurs rires nés à la rosée
vient se nicher sous la coupole
des pâquerettes du mois de mai

chanter piailler les merles bleus
la vie frissonne à leur émoi
chanter piailler les merles bleus
de branche en branche criez la joie
de les savoir aussi heureux

vois les enfants au bout du quai
sautés de joie dans l’eau glacée
vois les enfants au bout du quai
noyer leurs joies dans l‘amitié
aux chants des oiseaux gais

.

NOUS SOMMES À LA PORTE D’UN AUTRE MONDE

 

Nos chaudes nuits s’embrasent aux creux de tes reins
si brèves
alors que le demi-jour s’allonge au petit matin
si tôt
pour achever nos ébats à regret délaissés
si tendres
je me gave de toi pour bientôt te laisser

.

tu m’enlaces à nouveau et le feu se répand
de joie
je brise mes amarres en me soulant
de toi
et pour mieux me perde au feu de tes baisers
de miel
je me couche sur toi comme douce rosée
de mai

.

nous sommes à la porte d’un autre monde

 

 

 

UN SOIR D’OCTOBRE

 

Apporte-moi un autre verre
ton pinot noir me fait pleurer
ce soir j’ai perdu mes songes dorés
le pays s’accroche à l’hiver

condamné à un triste exil
je vivrai loin de mes contrées rêvées
moi qui suis issu de ses pailles de blés
du parfum de ses forêts et du limon fertile

naguère des femmes et des hommes d’ici
ont chanté dansé et défriché
cette terre à coup de charrue rouillée
de révolution tranquille et de poésie

ce pays qui n’est pas
s’endormira-t-il sous le blizzard glacé
balayant ses eaux bleues figées
dans l‘attente d’un autre pas

apporte-moi un autre verre
j’aurai au point du jour mon fils à consoler
notre pays incertain s’est fissuré
perdu et humilié dans un second revers

je vais rentrer sous peu
par bonheur ma femme sera couchée
je me coulerai silencieux à ses côtés
chevalier vaincu triste gueux

un dernier toast patron
ce soir la défaite m’a déchirée
je me sens usé comme si j’avais dansé
le dernier des derniers rigodons

si j’ai bien compris
ce sera à la prochaine fournée
quand le ferment aura bien levé
au cœur des gens du pays

apporte-moi un dernier verre
je suis trop vieux pour guerroyer
j’ai peur d’être à jamais changé

ah que ma blessure est sévère

Le 30 octobre 1995, pour une deuxième fois en 15 ans, les Québécois sont appelés à se prononcer sur la souveraineté du Québec.
Le taux de participation est un record, soit 93,5 % des électeurs.
L’écart entre le « oui » et le « non » a été de 54 288 voix.
À 50,58 % des 4,7 millions de votes exprimés, le résultat a été « NON ».